Quelques applications en santé humaine
En matière de plantes génétiquement modifiées, c'est le hasard aidé par la complicité de la nature qui a amené les chercheurs à s'intéresser et à produire en premier lieu, des plantes résistantes à des herbicides.
L'intelligence a consisté à tirer parti de certaines de ces observations. Mais, ces plantes résistantes à des herbicides ne sont pas la finalité des biotechnologies, ni des OGM. La lutte contre les ravageurs des plantes est beaucoup plus porteuse d'avenir (champignons, insectes, bactéries, virus) ... Plus porteur encore, ce sont les modifications du métabolisme des plantes pour mieux leur permettre de résister aux "stress" : adaptation à la sécheresse ou à l'asphyxie, adaptation à la chaleur ou au froid, adaptation au sel ou au pH extrêmes ... Est-ce que les plus grands gisements de terres incultes de notre planète ne se trouvent pas justement sous ces conditions ?. La F.A.O. (1) a établi qu'alors qu'il y avait 0,5 ha de terre cultivable par habitant en 1950, il n'y en avait plus que 0,3 en 1990 et il n'y en aura plus que 0,2 en 2050. C'est également la F.A.O. qui affirme que malgré les traitements sanitaires sur les cultures, les pertes en riz atteignent 52%, elles sont de 82% en l'absence de traitements... (2).
Mais plus intéressant encore, ce sont les améliorations nutritionnelles que nous pouvons attendre des plantes. Certes, on est en passe de supprimer ou d'atténuer des allergies générées par le riz, par les arachides. Certes, on est capable (mais pas sur le marché) de cueillir des fruits à leur stade optimum de saveur et de parfum et de les acheminer à ce stade jusqu'à l'assiette du gourmet. (Entre un melon charentais à son apothéose ou une banane mûres à leurs apothéoses et ce même melon ou banane cueillies dix jours trop tôt, à la texture de carotte, il y a un monde). Mais la grande avancée consiste à renforcer l'aptitude à produire tel composant désiré : un maïs produisant de l'huile en quantité significative, un colza orienté vers tel type d'huile selon les besoins culinaires, (par exemple, avec des proportions améliorées en acides gras insaturés atténuant les risques cardio-vasculaires) ou selon les besoins industriels, une pomme de terre adaptée à sa destination gastronomique, féculerie ou cuisine, dont la texture des grains d'amidon la rendra moins gourmande en matières grasses lors de la friture, du riz à teneur renforcée en fer assimilable, des tomates à teneur élevée en bêta-carotène (action préventive du cancer) etc...
Au-delà de cette fonction alimentaire, il faut aussi mentionner des applications industrielles de grande portée telles que les arbres à faible teneur en lignine pour une production moins polluante de pâte à papier, production de matières plastiques biodégradables à partir de variétés de colza spécifiques ou encore des plantes ou des organismes génétiquement modifiés pour extraire des substances polluantes des sols etc... (2)
Le consommateur de notre société d'abondance européenne ne se sent pas encore très concerné par ces descriptions. Pourtant, les OGM lui apportent déjà des améliorations substantielles dans le domaine alimentaire par l'intermédiaire de champignons ou micro-organismes améliorés. En voici des exemples
En alimentaire
- Fromagerie : production de chymosine par une bactérie modifiée, évitant de passer par la présure prélevée traditionnellement sur les cadavres de veaux.
Bénéfice : innocuité totale, rendement fromager optimisé, régularité d'approvisionnement, prix stable, assurance qualité, respect des statuts casher et halal, absence de micro-organismes de production dans le produit fini etc ...
- Conserverie : production de pectine estérase par un champignon modifié (Aspergillus niger), permettant un raffermissement des fruits en conserve, un épaississement des confitures, compotes, jus de tomates, formation de gelées in situ dans les produits à base de fruits et légumes. Cela évite de passer par des additifs (épaississants, gélifiants), permet d'en abaisser les coûts en améliorant la qualité (consistance, arôme, goût etc ...).
Citons aussi la phytase, préparation enzymatique autorisée depuis 1993, obtenue à partir d'Aspergillus ficuum, qui contribue, lorsqu'elle est intégrée dans l'alimentation porcine, à faire diminuer de 30 à 40% la teneur du phosphore insoluble dans le lisier de porc.
- La brasserie, la vinification, la distillerie, toute fermentation - alimentaire ou pas - sont en passe, aujourd'hui, de voir améliorés leurs qualités de production et leurs prix proposés au public.
En santé humaine
Ce domaine ne saurait plus progresser sans les biotechnologies. En France, sur 50 nouvelles molécules arrivant sur le marché chaque année, une quinzaine provient de l'ingénierie génétique. Ne citons que, les interférons, depuis 1985, visant les leucémies et les hépatites ; les interleukines, depuis 1989, contre les anémies et certains cancers, et facilitant les transplantations ; les vaccins contre les hépatites ; les hormones contre le diabète, l'infertilité, le nanisme ; d'autres types de produits, contre l'hémophilie par exemple...
Certains se demandent si la bio-diversité - c'est-à-dire le patrimoine biologique tel qu'il est à ce jour - n'est pas menacée. En l'état actuel de perception des techniques de sélection à travers le monde, c'est la voie traditionnelle, c'est-à-dire sexuée, qui reste la voie royale. La modification qui consiste à adjoindre un gène prélevé sur une autre espèce, (OGM), ne porte que sur un caractère (parmi des milliers), identifié, reconnu comme intéressant, il représente la "cerise sur le gâteau" ou le "plus produit" d'une variété qui est déjà performante par elle-même. A quoi servirait d'apporter ce "plus produit" sur une variété médiocre par ailleurs ? Aucune étude n'a conclu à ce jour à une menace qui pèserait sur la biodiversité. Au contraire, on peut légitimement dire, que l'insertion d'un gène étranger à l'espèce dans une plante, augmente la biodiversité puisque la probabilité que ce gène arrive "spontanément" dans l'espèce est quasi nulle.
On peut être plus inquiet sur la dissémination de ces nouveaux gènes dans l'environnement. On ne répondra pas à cette question en quelques lignes et en quelques instants. Le raisonnement, cas par cas, est de mise et c'est bien ce qui se fait, car on ne saurait généraliser. D'autres plantes que le maïs présentent des cas d'école plus judicieux telles les crucifères, les composées, les chénopodiacées. Au moment des décisions d'autorisation du maïs, le gouvernement s'est exprimé en indiquant qu'il n'autoriserait pas, par prudence, d'OGM susceptible de générer la dissémination de gènes dans l'environnement. Deux plantes ont été évoquées, le colza et la betterave. Il n'a jamais été observé de croisement d'une betterave avec une autre plante qu'une betterave. Il est en tous cas certain que, depuis plus de trente ans, les agriculteurs-multiplicateurs français ont appris à parfaitement maîtriser les flux de pollens dans leur art de produire des semences de betterave, de maïs, de tournesol, de chicorée : des peuplements de plantes mâles libèrent leur pollen vers des peuplements de plantes à fleurs femelles ; isolement, propreté et suivi de ces parcelles font partie des critères ordinaires et des garanties de qualité et de pureté de ces semences que d'autres utilisateurs cultivent avec satisfaction. Personne ne conteste cette qualité. Mieux : la France est un grand pays exportateur de ces semences tant on lui reconnaît sérieux et savoir-faire. Des milliers d'hectares en témoignent, plusieurs milliers d'exploitations et de familles en vivent. Toutefois, des études sont en cours depuis plusieurs années, sous le contrôle de plusieurs instances officielles et instituts techniques, pour mesurer la réalité, les conséquences et les limites d'une telle propagation dans les champs, c'est-à-dire, la propension de grains de pollen issus de plantes génétiquement modifiées, à transmettre, par croisement, ce nouveau caractère à d'autres plantes qui ne l'avaient pas. Cela fait partie de la biovigilance.
On est en droit de s'interroger sur l'allerginicité de ces nouvelles plantes génétiquement modifiées. Notre environnement végétal abonde déjà en plantes connues susceptibles de déclencher des allergies, directement ou indirectement (sans parler de produits, poils ou petites bêtes) : fraises, arachides, céleri, ananas etc... De même que des toxines ou des poisons abondent déjà dans un certain nombre de plantes alimentaires courantes et communes qu'il convient de ne pas consommer n'importe comment. On peut cependant affirmer qu'en l'état actuel des connaissances, aucun gène ne sera prélevé sur un végétal chez qui on a identifié un caractère allergisant. Il est fondamental de faire savoir que dans le parcours d'autorisation d'un nouvel OGM dans un ensemble d'instances scientifiques, administratives ou gouvernementales, le volet médical n'est pas le moindre puisque le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France a pour mission de l'examiner.
(1) FAO : Organisation Mondiale de l'Alimentation et de l'Agriculture.
(2) extrait de : "Les plantes génétiquement modifiées", une clef pour l'avenir. Livre Blanc, Octobre 1997.